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lundi 28 février 2011

Un regard innocent, Journal de la guerre civile en Espagne-Encarnacio MARTORELL I GIL



Encarnacio a 13 ans lorsque la guerre civile en Espagne, en 1937. Elle vit à Barcelone avec ses parents, sa petite soeur et son frère aîné. A quelques pâtés de maison de là, résident sa grand-mère et une grand-tante malade. Comme Anne Frank, elle tient son journal de la guerre dans lequel elle raconte les évènements familiaux et la vie quotidienne en temps de guerre: la rationnement et les queues interminables pour obtenir 5 minuscules morceaux de pain, la mobilisation de son oncle, les bombardements, les jours d'école ratés parce qu'il faut passer sa journée dans les files d'attente...
Ce qui la préoccupe énormément, c'est la faim, constante ou presque pendant près de 3 ans et le prix des produits alimentaires qui explose.
Mais Encarnacio fait aussi preuve d'un grand discernement et d'une maturité certaine dans ses commentaires.
Elle ne comprend pas la guerre, la haine, les différences faites entre les hommes, tout ceci à l'origine du malheur de son peuple et cela la questionne énormément. Je doute qu'elle ait trouvé une réponse, d'autant que rien n'a changé depuis la rédaction de son journal.

C'est un document intéressant, au style un peu trop naïf, ce que l'on peut malgré tout comprendre au vu du jeune âge de l'auteur; de plus, il n'était évidemment pas du tout destiné à être publié et Encarnacio ne devait en être l'unique lectrice puisqu'elle écrivait en cachette de sa famille. Mais cette naïveté fait que ce livre peut être lu par des adolescents.
L'adulte y trouve son compte également car j'ai peu l'occasion de lire sur la guerre d'Espagne; un nouveau témoignage est toujours bon à prendre.




mardi 25 août 2009

Voix endormies-Dulce CHACON


Nous sommes en Espagne, à la fin de la Guerre d'Espagne et au début de la Seconde guerre mondiale. Le régime franquiste débute et les opposants politiques n'ont pas tous été libérés, loin s'en faut. Parmi eux, on y trouve des hommes mais aussi des femmes: résistantes ou simplement épouses, mères ou soeurs de Républicains. Elles s'appellent Hortensia, Elvira ou Tomasa et se sont rencontrées en prison, à Ventas. Et ce sont les personnages principaux de ce roman extraordinaire.
Ventas est une prison connue pour ses conditions de détention déplorables et indignes. Alors ces femmes deviennent solidaires afin d'apaiser leurs souffrances: elles partagent leurs colis, leurs peines et leurs désespoirs, se soutiennent et parfois même, elles rient ensemble. Les années passent, la majorité sort de prison, certaines y sont mortes. Celles qui s'en sortent (re)prennent la voie de la sagesse, d'autres poursuivent l'action et retrouvent leurs hommes dans le maquis.

Ce livre est absolument bouleversant: c'est un vrai document historique, ou plutôt un roman basé sur des faits et personnes historiques. Certes, les personnages ont été créés par l'auteur (bien qu'elle se soit inspirée de femmes qui ont existé), ainsi que leurs histoires d'amour et familiales. Mais on peut aisément imaginer que des femmes ont vraiment vécu ces horreurs.
J'ai été happée du début à la fin par ces destins, envoûtée par la narration et les évènements.Un livre à lire absolument, qui traite d'une période finalement peu connue.

A noter que Dulce Chacon est décédée l'année où on lui a décerné l'équivalent du Goncourt espagnol; elle n'a donc pas profité du succès de ce livre.

mardi 28 juillet 2009

L'agneau carnivore-Agustin GOMEZ-ARCOS


Autant vous prévenir tout de suite: âmes sensibles s'abstenir! En effet, ce roman n'est pas à mettre entre toutes les mains car le sujet peut choquer puisqu'il traite d'une histoire incestueuse entre deux frères, dans l'Espagne franquiste des années 50-60.
Ces deux garçons ont grandi dans l'opulence, entre une mère psycho-rigide et un père indifférent et quasiment inexistant, à passer tout son temps dans son bureau.
Ce roman nous plonge dans leur enfance, par un flashback: plusieurs années ont passé, le cadet est de retour dans la maison familiale, seul, attendant l'éventuel retour du grand frère prodigue.

Ce roman (en partie autobiographique), puissant mais profondément dérangeant alors qu'il y a très peu de scènes osées, m'a fait penser au film d'Almodovar La mauvaise éducation. Cette relation n'est à aucun moment condamnée mais pas non plus mise en exergue: non, nous ne sommes pas dans la normalité mais cette relation fusionnelle existe, c'est ainsi. Comme je le disais plus haut, les scènes érotiques sont assez peu nombreuses mais l'enchaînement des mots suffit à mettre le lecteur mal à l'aise. La dictature franquiste n'est jamais loin, souvent évoquée, jamais dénoncée de front.

Ce fut un grand moment de lecture pour moi, mais j'ai l'esprit bien accroché et une capacité à me détacher des faits tout en me passionnant. J'ai été bousculée évidemment mais aussi bouleversée par cette histoire et la justesse du ton; Gomez-Arcos est un grand écrivain espagnol, cela ne fait pas de doute.

Allez voir du côté de chez InColdBlog qui parle de ce roman (culte pour lui) 100 fois mieux que moi.